Noha a 8 ans, des yeux curieux et une façon de poser des questions qui déstabilise les adultes. Marguerite a 74 ans, une maison à Cleunay pleine de photos de famille, et un savoir-faire culinaire transmis par sa propre grand-mère dans une ferme du Finistère. Ils ne se seraient jamais rencontrés si ce n'était pas pour nos ateliers. Aujourd'hui, ils arrivent tous les deux le samedi matin avec dix minutes d'avance, souvent avant même que les bénévoles aient fini de préparer la salle.
Noha est arrivé à nos ateliers en septembre dernier par le biais de l'école primaire de son quartier, qui avait distribué des flyers lors de la rentrée. Sa mère, qui travaille le samedi matin, cherchait une activité encadrée et significative. Son père, d'origine marocaine, lui avait déjà appris à faire du pain — Noha avait donc déjà un rapport positif à la cuisine, cette idée que les mains peuvent fabriquer quelque chose de bon. Mais la galette de blé noir était un territoire inconnu.
Marguerite, elle, s'était inscrite comme grand-parent bénévole après avoir lu un article sur nos ateliers dans le journal de quartier. Ses propres petits-enfants habitent à Lyon et à Nantes. Elle voulait, disait-elle dans son formulaire d'inscription, « ne pas laisser rouiller des gestes que j'ai toute ma vie mis du temps à apprendre ». La coordinatrice de notre section l'a jumelée avec Noha lors de la première séance, presque par hasard. Dès la première galette — épaisse, irrégulière, légèrement brûlée d'un côté — ils ont ri ensemble. Le binôme était formé.
Au fil des semaines, quelque chose s'est construit entre eux qui dépasse la simple relation pédagogique. Marguerite apprend à Noha des mots en breton — ar gwinizh du pour le blé noir, ar krampouez pour les crêpes — et Noha lui explique ses dessins animés préférés avec une patience comique. Lors d'une séance en décembre, Noha a apporté de chez lui un petit pot de ras el-hanout. « Pour essayer avec la galette », a-t-il dit. Marguerite a trouvé l'idée « osée mais pas idiote ». Ils ont fait une galette expérimentale. Elle n'était pas terrible, de leur propre aveu, mais le moment, lui, était parfait.
Ce que cette amitié illustre dépasse largement nos deux participants. Elle montre que le lien intergénérationnel n'a pas besoin d'une généalogie commune pour être réel. Il lui faut un espace, du temps, une tâche partagée et la permission de rater sans honte. La cuisine fournit tout cela naturellement. Le bilig ne juge pas. La pâte ne ment pas. Et quand une galette réussit — bien ronde, bien cuite, dorée à point — la fierté est collective et immédiate.
Noha nous a demandé un jour si Marguerite pourrait venir à son anniversaire en mars. Marguerite, prévenue, a dit oui sans hésiter. Sa mère, touchée, nous a envoyé un message pour nous remercier. Elle nous écrivait que son fils, qui mangeait peu de légumes, avait demandé à la maison qu'on achète de la farine de sarrasin. « Il veut refaire la galette pour son père. » C'est, pour nous, la meilleure mesure de l'impact de nos ateliers : non pas un diplôme, non pas une note, mais une envie de continuer à la maison, de reproduire le geste, de transmettre à son tour.
Si vous connaissez un enfant qui pourrait être le prochain Noha, ou un aîné qui a les mains et le cœur de Marguerite, nos portes sont ouvertes chaque samedi à partir de 9h. La farine est déjà sur la table.